Un coup de gueule.

 

J'ai découvert il y a peu un auteur argentin singulier : Antonio Porchia. Il n'a écrit qu'un ouvrage "Voces" dont plusieurs traductions françaises sont parues.
La plus aisément disponible a été éditée en 1992 chez Fata Morgana.

L'éditeur, dans la suite de l'édition de 1949 de la GLM et sous le poids du verbeux Roger Caillois qui signe la préface nous offre un ouvrage tronqué.
Caillois, dans un de ses jours pâles, lorsqu'il aborde des sujets hors de sa portée, nous sert sa "conscision étalée" sur douze des soixante-et-une pages de l'ouvrage et ne parle somme toute que de lui.

Imaginez un loustic qui vous dit : - je ne saisis pas vraiment ce qu'a vécu l'auteur, - je me suis permis de supprimer certains passages du texte.
Quelle honnêteté !
Qu'il nous laisse le soin d'aborder le texte dans sa totalité... Merci.

Supprimeriez-vous d'une partition les notes qui heurtent votre oreille ? D'une démonstration mathématique les équations que vous ne comprenez pas ?

* * *

Je vous livre ci-après un extrait de la préface de Roger Caillois :

(...) Telles sont les préoccupations qui m'ont conseillé de faire un sort à ce petit ouvrage ignoré. Je reconnais volontiers que je ne suis nullement qualifié pour le juger sur les mérites mêmes par lesquels îl m'a séduit. C'est pourquoi je regagne la simple littérature et m'acquitte d'un dernier devoir en rapportant brièvement les motifs du choix que j'ai fait parmi les pensées que contiennent les quelque cent quarante pages du recueil à raison de cinq chacune en moyenne. Je n'ai suivi aucune règle fixe : j'ai retenu les maximes qui me paraissaient contenir un enseignement assimilable, dont je pressentais confusément le sens, en un mot celles à quoi je découvrais en moi quelque chose à faire correspondre et qui fût propre à les éclairer. J'ai osé écarter celles qui ne me semblaient pas particulières au style de l'auteur ou dont me gênaient suivant les cas la banalité et l'originalité, la transparence et le mystère. (...)

Luc-André Rey
août 2006